# Calculer la rentabilité réelle d’un investissement immobilier étape par étape

L’investissement locatif représente une opportunité patrimoniale majeure pour tous ceux qui souhaitent se constituer un revenu complémentaire ou préparer leur retraite. Pourtant, entre les annonces immobilières alléchantes et la réalité économique d’un projet, l’écart peut se révéler considérable. La rentabilité affichée par un promoteur ou un agent immobilier reflète rarement ce que vous allez réellement encaisser chaque mois. Pour prendre une décision éclairée, vous devez maîtriser les calculs financiers qui déterminent si votre investissement sera profitable ou décevant. Cette démarche exige rigueur, méthode et une compréhension approfondie des mécanismes économiques et fiscaux qui influencent directement votre retour sur investissement.

Selon les dernières données de l’Observatoire Crédit Logement/CSA, le volume des crédits immobiliers destinés à l’investissement locatif a augmenté de 12% en 2024, démontrant l’intérêt persistant des Français pour ce type de placement. Mais attention : un rendement brut de 5% ne garantit absolument pas que vous dégagerez un cash-flow positif une fois toutes les charges déduites. La différence entre ces indicateurs peut transformer un projet apparemment rentable en gouffre financier.

Différencier le rendement brut, le rendement net et le cash-flow réel

La première erreur que commettent la majorité des investisseurs débutants consiste à confondre rendement brut et rentabilité réelle. Ces trois notions – rendement brut, rendement net et cash-flow – constituent pourtant les piliers de toute analyse financière sérieuse. Comprendre leurs différences vous permettra d’éviter les pièges les plus coûteux et d’évaluer objectivement chaque opportunité immobilière.

Calcul du rendement brut locatif selon la méthode standard

Le rendement brut représente l’indicateur le plus simple à calculer, ce qui explique pourquoi il est systématiquement mis en avant dans les annonces immobilières. La formule est directe : (loyer annuel / prix d'acquisition) × 100. Imaginons que vous achetiez un appartement à 200 000 € que vous louez 850 € par mois. Votre rendement brut s’établit à (10 200 € / 200 000 €) × 100 = 5,1%. Ce chiffre semble attractif, n’est-ce pas ? Pourtant, il occulte complètement la réalité économique de votre investissement.

Ce calcul ne tient compte ni des charges, ni de la fiscalité, ni des périodes de vacance locative. Il représente une photographie théorique qui ne correspond jamais à ce que vous encaisserez réellement. Les professionnels de l’immobilier utilisent volontiers cet indicateur pour séduire les investisseurs, car il présente toujours l’image la plus flatteuse d’un bien. Votre mission consiste donc à dépasser ce premier niveau d’analyse pour accéder aux données qui comptent vraiment.

Déduction des charges non récupérables : taxe foncière, assurance PNO et frais de gestion

Le rendement net commence à s’approcher de la réalité en intégrant les charges que vous supporterez effectivement. La taxe foncière constitue souvent la première surprise désagréable pour les nouveaux propriétaires : selon votre commune, elle peut représenter entre 15% et 25% de vos loyers annuels. Une taxe foncière de 1 200 € sur notre exemple précédent ampute déjà

votre revenu locatif de près de 12% avant même d’intégrer les autres postes de dépenses. À cela s’ajoutent l’assurance propriétaire non occupant (PNO), souvent comprise entre 80 € et 200 € par an, ainsi que les éventuels frais de gestion locative, qui tournent généralement autour de 6% à 9% des loyers encaissés hors taxes. Si vous déléguez la gestion à une agence, il faut aussi prévoir les frais de mise en location (rédaction du bail, état des lieux, recherche de locataire).

Pour affiner le rendement locatif, vous devez donc recalculer vos revenus nets annuels : loyers hors charges – taxe foncière – assurance PNO – frais de gestion – charges de copropriété non récupérables – entretien courant. Reprenons notre appartement de 200 000 € et 10 200 € de loyers annuels. Si l’on déduit 1 200 € de taxe foncière, 150 € d’assurance PNO, 700 € de charges non récupérables et 800 € de gestion locative, il ne reste plus que 7 350 € de revenu net de charges. Le rendement net tombe alors à (7 350 / 200 000) × 100 = 3,68%, déjà bien éloigné des 5,1% annoncés au départ.

Cette étape vous montre à quel point la rentabilité locative brute peut être trompeuse. Un bien qui semblait très attractif peut, une fois les charges non récupérables intégrées, devenir un investissement moyen. C’est précisément pour cette raison qu’il est indispensable de demander les derniers appels de charges de copropriété, le montant de la taxe foncière et d’anticiper vos frais de gestion avant d’acheter. Vous ne jugez plus un simple pourcentage, mais la capacité réelle du logement à générer un revenu locatif durable.

Analyse du cash-flow après remboursement de crédit immobilier

Le cash-flow réel est l’indicateur le plus concret pour mesurer la rentabilité d’un investissement immobilier. Il correspond au flux de trésorerie qui reste sur votre compte une fois toutes les dépenses payées, y compris la mensualité de votre prêt. En d’autres termes, c’est la différence entre vos loyers encaissés et l’ensemble de vos sorties d’argent liées au bien. Un cash-flow positif signifie que votre investissement génère un excédent chaque mois ; un cash-flow négatif implique au contraire que vous devez compléter avec vos revenus personnels.

Pour calculer ce cash-flow, partez de vos loyers annuels hors charges, retirez les charges non récupérables, la taxe foncière, les assurances, les frais de gestion, puis les intérêts d’emprunt et l’assurance du crédit. Divisez ensuite le résultat par douze pour obtenir un cash-flow mensuel. Imaginons que la mensualité de crédit (capital + intérêts + assurance) de notre appartement s’élève à 900 € par mois, soit 10 800 € par an. Avec 7 350 € de revenu locatif net de charges, le cash-flow annuel devient 7 350 – 10 800 = -3 450 €, soit -287,50 € par mois.

Vous voyez immédiatement l’enjeu : un rendement net de 3,68% n’empêche pas un cash-flow mensuel négatif. Dans ce cas, l’investissement peut rester intéressant sur le long terme (remboursement de capital, éventuelle plus-value), mais il pèsera sur votre trésorerie au quotidien. Avant de vous engager, demandez-vous : êtes-vous prêt à consacrer près de 300 € par mois pendant 20 ans pour ce projet ? Ce type de réflexion fait toute la différence entre une décision guidée par l’émotion et un choix d’investisseur éclairé.

Impact de la vacance locative et des impayés sur la rentabilité nette

La plupart des simulations de rentabilité immobilière supposent, à tort, que le logement sera loué 12 mois sur 12 sans incident. La réalité du terrain est plus nuancée. Entre deux locataires, il y a souvent quelques semaines de vacance locative, nécessaires pour réaliser un rafraîchissement, publier l’annonce et signer un nouveau bail. Dans certaines zones moins tendues, plusieurs mois peuvent s’écouler avant de retrouver un occupant. De même, le risque d’impayés, même couvert partiellement par une assurance loyers impayés (GLI), ne peut être ignoré.

Pour intégrer cet aléa dans votre calcul de rentabilité nette, il est pertinent de déduire l’équivalent d’un mois de loyer par an en moyenne dans vos hypothèses prudentes, surtout sur les petites surfaces où le turnover est plus important. Sur un loyer de 850 €, cela représente 850 € de revenus en moins, ce qui réduit mécaniquement votre rendement net et votre cash-flow. Si vous ajoutez à cela un sinistre ponctuel ou des dégradations non couvertes par l’assurance, la performance de votre investissement peut s’en trouver durablement impactée.

La bonne approche consiste à raisonner avec une marge de sécurité. Plutôt que de fonder votre plan de financement sur 100% des loyers théoriques, basez-vous sur 90% ou 92%. Ce « coussin » permet de lisser les périodes de vacance, les réparations imprévues et les aléas de recouvrement. Vous obtenez ainsi une vision plus robuste de la rentabilité locative réelle, proche de ce que vous vivrez concrètement sur 10 ou 15 ans.

Intégrer les frais d’acquisition dans le calcul du TRI et du ROI

Une autre erreur fréquente consiste à oublier les frais d’acquisition dans le calcul du retour sur investissement (ROI) et du taux de rendement interne (TRI). Pourtant, ces frais représentent souvent entre 7% et 10% du prix du bien dans l’ancien, et un peu moins dans le neuf. Ils doivent impérativement être intégrés au prix de revient total de l’opération si vous voulez comparer honnêtement deux investissements locatifs. Le TRI, lui, prend en compte l’ensemble des flux de trésorerie sur la durée du projet, frais d’entrée compris.

Décomposition des frais de notaire selon le type de bien : neuf versus ancien

Les fameux « frais de notaire » sont en réalité un ensemble de taxes et d’émoluments, dont la composition varie selon que le bien est neuf ou ancien. Dans l’ancien, ils représentent en moyenne 7% à 8% du prix de vente, alors que dans le neuf ils se situent plutôt autour de 2% à 3%. Sur un appartement ancien acheté 200 000 €, vous pouvez donc prévoir entre 14 000 € et 16 000 € de frais d’acquisition, contre 4 000 € à 6 000 € pour un bien neuf de valeur équivalente.

Concrètement, cela signifie que le prix de revient réel de votre investissement locatif ancien ne se limite pas à 200 000 €, mais plutôt à 214 000 € ou 216 000 €, hors travaux et frais annexes. Or, de nombreux investisseurs continuent de calculer leur rentabilité locative brute et nette en ne tenant compte que du prix d’achat « sec ». Pour affiner votre ROI, vous devez intégrer ces frais de notaire dans le dénominateur de vos formules, faute de quoi vous surestimez mécaniquement la performance de votre projet.

Cette différence de frais entre neuf et ancien a également un impact sur le TRI, car elle modifie le capital initial réellement immobilisé. Même si un bien ancien peut afficher un rendement locatif brut supérieur, son coût d’entrée plus élevé vient parfois gommer l’écart de performance une fois le projet analysé sur 15 ou 20 ans. D’où l’importance de comparer les deux scénarios à l’aide d’un calcul complet incluant tous les frais d’acquisition.

Amortissement des frais d’agence immobilière sur la durée de détention

Les frais d’agence immobilière constituent un autre poste souvent sous-estimé dans le calcul du prix de revient total. Ils oscillent généralement entre 3% et 7% du prix de vente, selon les pratiques locales et la négociation. Sur un bien à 200 000 €, des honoraires d’agence de 5% représentent 10 000 € supplémentaires. Plutôt que de les considérer comme une simple dépense ponctuelle, il est pertinent de les amortir mentalement sur la durée de détention prévue de votre investissement.

Imaginons que vous projetiez de conserver le bien pendant 15 ans. Ces 10 000 € de frais, rapportés à la durée de détention, reviennent à environ 667 € par an. En intégrant ce montant dans vos charges annuelles pour le calcul de la rentabilité réelle, vous obtenez un indicateur plus fidèle de la performance économique de votre investissement locatif. C’est un peu comme si vous lissiez le coût d’entrée sur toute la vie du projet, à l’image d’un amortissement comptable.

Vous pouvez appliquer la même logique d’amortissement aux frais de courtage, aux frais de garantie bancaire (hypothèque, caution) et aux frais de dossier de crédit. Individuellement, ces montants paraissent modestes, mais additionnés, ils pèsent sur votre retour sur investissement. En les répartissant sur la durée de détention prévue, vous transformez ces coûts initiaux en une charge annuelle « cachée » qui doit être prise en compte dans votre analyse de rentabilité locative.

Coût des travaux de rénovation et leur impact sur le prix de revient total

Les travaux de rénovation constituent souvent la variable la plus difficile à estimer, mais aussi l’une des plus structurantes pour votre rentabilité réelle. Qu’il s’agisse d’un simple rafraîchissement (peinture, sols, cuisine) ou d’une rénovation lourde (électricité, plomberie, isolation, salle de bains), chaque euro investi augmente le prix de revient total de votre bien. En contrepartie, ces travaux peuvent vous permettre de louer plus cher, de réduire la vacance locative et de valoriser le bien à la revente.

Pour intégrer correctement ce paramètre, commencez par établir un budget travaux complet en amont de l’achat, sur la base de devis réalistes. Ajoutez ce montant au prix d’achat et aux frais de notaire pour obtenir votre coût de revient global. Par exemple, si vous achetez 200 000 €, payez 16 000 € de frais de notaire et engagez 30 000 € de travaux, votre base de calcul n’est plus 200 000 € mais 246 000 €. Un loyer annuel de 10 200 € ne représente alors plus 5,1% de rendement brut, mais seulement 4,1%.

Dans le même temps, ces travaux de rénovation énergétique ou de remise aux normes peuvent ouvrir droit à des aides (MaPrimeRénov’, certificats d’économies d’énergie, subventions locales) et améliorer la classification énergétique du logement. Un bien mieux noté au DPE se louera plus facilement, à un meilleur prix, et sera moins exposé aux futures restrictions réglementaires. Là encore, la rentabilité locative réelle ne se mesure pas uniquement sur un an, mais sur l’ensemble du cycle de détention du bien.

Calcul du taux de rendement interne (TRI) sur 10, 15 et 20 ans

Le Taux de Rendement Interne (TRI) est l’outil le plus complet pour évaluer un investissement immobilier dans le temps. Contrairement au simple rendement brut ou net, il intègre tous les flux de trésorerie : loyers encaissés, charges, impôts, mensualités de crédit, frais d’acquisition, travaux, et enfin prix de revente net des frais. Il répond à une question clé : quel taux d’intérêt annuel implicite produit mon projet, toutes opérations confondues ?

Pour calculer le TRI sur 10, 15 ou 20 ans, vous devez construire un tableau de flux année par année. L’année 0 correspond au décaissement initial (apport personnel, frais de notaire, éventuels travaux). Les années suivantes reflètent les flux nets annuels : loyers nets d’impôts moins effort d’épargne lié au crédit. La dernière année additionne le flux courant et le produit de la revente, après remboursement du capital restant dû et paiement des éventuels impôts sur la plus-value. Un outil de tableur (type Excel ou équivalent) permet ensuite de calculer facilement le TRI à partir de cette série de flux.

Comparer le TRI sur 10, 15 et 20 ans vous aide à mesurer l’impact de la durée de détention sur la rentabilité réelle. Un projet peut afficher un TRI modeste sur 10 ans, mais devenir beaucoup plus attractif sur 20 ans grâce à la diminution progressive de la part d’intérêts dans les mensualités et à la revalorisation du bien. Inversement, certaines opérations très rentables à court terme perdent en intérêt si le marché stagne ou si les charges augmentent plus vite que les loyers. Le TRI est donc un excellent outil pour arbitrer entre plusieurs stratégies : revente rapide, conservation longue, ou réinvestissement.

Optimisation fiscale : régime micro-foncier versus régime réel d’imposition

La fiscalité est l’un des leviers les plus puissants pour améliorer la rentabilité nette-nette d’un investissement locatif. Deux biens identiques, loués au même prix, peuvent générer des revenus largement différents selon le régime fiscal choisi par le propriétaire. En location nue, le choix se fait principalement entre le régime micro-foncier et le régime réel. Chacun présente des avantages et des limites qu’il faut analyser en fonction de votre niveau de charges et de votre tranche marginale d’imposition.

Abattement forfaitaire de 30% du régime micro-foncier

Le régime micro-foncier s’applique automatiquement lorsque vos revenus fonciers bruts annuels ne dépassent pas 15 000 € et que vous ne relevez pas d’un dispositif particulier (type monument historique). Son principal avantage est sa simplicité : l’administration applique automatiquement un abattement forfaitaire de 30% sur vos loyers bruts, sans que vous ayez à détailler vos charges. Seuls les 70% restants sont ajoutés à votre revenu imposable et soumis à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux.

Ce régime est particulièrement adapté si vous avez peu de charges réelles : faible taxe foncière, pas ou peu d’intérêts d’emprunt, peu de travaux, gestion en direct. En revanche, dès que vos charges dépassent l’abattement de 30%, le micro-foncier devient fiscalement désavantageux. Vous payez alors de l’impôt sur un revenu théorique supérieur à votre revenu net réel, ce qui rogne directement votre rentabilité locative. C’est un peu comme si vous déclariez un loyer que vous n’encaissez pas.

Avant de valider ce régime, il est donc essentiel de comparer le montant de vos charges réelles (taxe foncière, intérêts d’emprunt, assurance, travaux, gestion, etc.) avec les 30% d’abattement du micro-foncier. Si vos charges réelles sont systématiquement plus élevées, le passage au régime réel d’imposition des revenus fonciers devient une option à considérer sérieusement pour optimiser votre rentabilité nette-nette.

Déduction des intérêts d’emprunt et amortissements en régime réel

Le régime réel permet de déduire l’intégralité des charges effectivement supportées pour l’acquisition et la conservation du bien : intérêts d’emprunt, taxe foncière, charges de copropriété non récupérables, assurances, frais de gestion, travaux d’entretien et d’amélioration, etc. Dans le cas de la location meublée au régime réel (souvent en statut LMNP), vous pouvez en plus amortir comptablement le bien, le mobilier et certains frais d’acquisition, ce qui vient réduire encore davantage votre résultat imposable.

Cette mécanique de déduction et d’amortissement a un impact considérable sur votre rentabilité locative nette-nette. Il n’est pas rare, en location meublée au réel, d’afficher un résultat fiscal proche de zéro pendant plusieurs années, alors même que votre cash-flow est positif. Vous payez alors très peu d’impôt sur vos revenus locatifs, ce qui améliore directement votre trésorerie annuelle et donc la performance globale de votre investissement locatif.

La contrepartie du régime réel est une gestion plus technique : tenue d’une comptabilité, conservation des factures, parfois recours à un expert-comptable. Pourtant, pour un investisseur qui dispose de plusieurs biens ou qui supporte des intérêts d’emprunt importants, ce surcroît de complexité est largement compensé par l’optimisation fiscale obtenue. Là encore, la bonne question n’est pas « quel régime est le plus simple ? », mais « quel régime maximise ma rentabilité après impôt ? ».

Stratégie du déficit foncier pour réduire l’impôt sur le revenu

Le déficit foncier est un outil puissant lorsque vous réalisez des travaux importants sur un bien loué nu. Lorsque vos charges déductibles (hors intérêts d’emprunt) dépassent vos loyers, vous créez un déficit qui peut être imputé sur votre revenu global, dans la limite de 10 700 € par an (sous conditions), le surplus étant reportable sur vos revenus fonciers des années suivantes. C’est un moyen efficace de réduire immédiatement votre impôt sur le revenu tout en valorisant votre patrimoine immobilier.

Imaginons que vous encaissez 8 000 € de loyers annuels, mais que vous engagez 15 000 € de travaux éligibles et supportez 1 500 € de taxe foncière, 1 000 € de charges non récupérables et 1 000 € d’intérêts d’emprunt. Votre déficit foncier (hors intérêts) atteint déjà 9 500 €, qui viennent réduire votre revenu global de l’année. Si vous êtes imposé à 30%, cela représente une économie d’impôt de 2 850 €, sans compter la baisse corrélative des prélèvements sociaux.

Cette stratégie de déficit foncier améliore votre rentabilité nette-nette de deux façons : elle vous permet de rénover en profondeur votre bien à moindre coût fiscal, tout en diminuant votre fiscalité personnelle à court terme. En contrepartie, vous devez conserver le bien en location nue pendant au moins trois ans après l’imputation du déficit sur le revenu global, sous peine de voir remis en cause l’avantage fiscal. Là encore, nous le voyons, la rentabilité réelle se joue autant dans les travaux et la fiscalité que dans le simple montant des loyers.

Impact des prélèvements sociaux de 17,2% sur les revenus locatifs

Au-delà de l’impôt sur le revenu, vos loyers sont soumis aux prélèvements sociaux, au taux global de 17,2% en France. Ces contributions (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité…) s’appliquent sur le revenu foncier net imposable, c’est-à-dire après abattement ou après déduction des charges selon le régime choisi. Beaucoup d’investisseurs débutants oublient de les intégrer dans leurs simulations, alors qu’ils représentent une part significative de la fiscalité globale sur les revenus locatifs.

Par exemple, si votre revenu foncier net imposable est de 5 000 €, vous paierez 860 € de prélèvements sociaux, en plus de l’impôt sur le revenu calculé selon votre tranche marginale. Si vous êtes dans la tranche à 30%, la fiscalité totale sur ces 5 000 € s’élèvera à 2 360 €, soit près de 47% de ce revenu. Vous comprenez pourquoi il est crucial de raisonner en rentabilité après impôts et prélèvements sociaux lorsque vous comparez votre investissement immobilier à d’autres placements.

Le choix du régime fiscal (micro, réel, meublé, nu, LMNP, etc.) influence donc autant le montant des prélèvements sociaux que celui de l’impôt sur le revenu. En réduisant votre revenu net imposable grâce aux déductions et amortissements, vous diminuez mécaniquement le poids de ces 17,2%. Optimiser cet aspect revient à gagner plusieurs points de rentabilité nette-nette, sans prendre plus de risques locatifs ou financiers.

Projection financière : méthode du tableau d’amortissement et de flux de trésorerie

Pour passer d’une vision statique à une vision dynamique de votre investissement locatif, vous devez construire une projection financière complète. Elle repose sur deux outils complémentaires : le tableau d’amortissement de votre crédit immobilier et le suivi des flux de trésorerie année par année. Le tableau d’amortissement vous montre la répartition entre intérêts et capital dans chaque mensualité, tandis que le tableau de flux détaille vos encaissements (loyers) et décaissements (charges, impôts, crédit) dans le temps.

En combinant ces deux approches, vous obtenez une photographie précise de l’évolution de votre cash-flow, de votre effort d’épargne et de votre capital restant dû. Vous pouvez, par exemple, anticiper à partir de quelle année votre investissement deviendra auto-financé, c’est-à-dire que les loyers couvriront intégralement toutes les charges, crédit compris. Vous pouvez aussi simuler différents scénarios : hausse ou stagnation des loyers, augmentation de la taxe foncière, renégociation du crédit, réalisation de travaux supplémentaires.

Ce travail de projection transforme la rentabilité locative en véritable tableau de bord de gestion. Plutôt que de subir votre investissement au fil des années, vous le pilotez : vous savez quand il est opportun de réviser le loyer, de changer de régime fiscal, de rembourser par anticipation une partie du crédit, ou au contraire de conserver l’effet de levier de l’endettement. C’est cette vision globale qui distingue un simple acheteur d’un investisseur immobilier aguerri.

Indicateurs avancés : coefficient multiplicateur de loyer et rendement sur fonds propres

Au-delà des indicateurs classiques, certains outils avancés permettent d’affiner encore votre lecture de la rentabilité réelle. Le coefficient multiplicateur de loyer consiste à comparer le prix de vente d’un bien au montant de son loyer annuel. Il se calcule simplement en divisant le prix d’acquisition (frais inclus) par le loyer annuel hors charges. Un coefficient de 15 signifie que le prix d’achat correspond à 15 années de loyers théoriques, un coefficient de 20 à 20 années, etc. Plus ce multiple est faible, plus le bien est potentiellement rentable.

Cet indicateur est particulièrement utile pour comparer rapidement des biens situés dans des villes ou des quartiers différents, où les prix et les loyers varient fortement. Là où un rendement brut de 4,5% peut paraître modeste, un coefficient multiplicateur inférieur à 18 peut tout de même indiquer une bonne affaire si le marché local est tendu et la vacance locative quasi nulle. À l’inverse, un bien affichant 7% de rendement brut mais un coefficient supérieur à 20 cache souvent des risques de vacance, des travaux importants ou une faible liquidité à la revente.

Le rendement sur fonds propres, enfin, permet de mesurer la performance de votre apport personnel plutôt que celle du projet global. Il se calcule en rapportant le cash-flow net annuel (après crédit, charges et fiscalité) au montant de votre apport initial (frais de notaire, travaux payés comptant, éventuel différentiel non financé). Grâce à l’effet de levier du crédit immobilier, il est possible d’obtenir un rendement sur fonds propres bien supérieur à la rentabilité brute du bien, parfois à deux chiffres, dès lors que le cash-flow est au moins équilibré.

En combinant coefficient multiplicateur, rendement sur fonds propres, TRI et cash-flow, vous disposez d’un ensemble d’indicateurs cohérents pour trier, comparer et sélectionner vos investissements locatifs. Chacun éclaire le projet sous un angle différent, un peu comme des filtres successifs qui affinent progressivement votre vision. Vous ne vous contentez plus d’un pourcentage isolé, vous analysez un véritable modèle économique.

Scénarios de revente : calcul de la plus-value nette et de l’effet de levier

Un investissement immobilier ne se juge pas uniquement sur les loyers perçus ; la sortie du projet, c’est-à-dire la revente, joue un rôle majeur dans la rentabilité globale. La plus-value nette correspond à la différence entre le prix de vente et le prix de revient total (prix d’achat, frais de notaire, travaux, frais d’agence à l’achat éventuels), diminuée des éventuels frais de cession et de l’impôt sur la plus-value. En résidence locative, cette plus-value est imposable, avec des abattements progressifs selon la durée de détention.

Pour calculer la plus-value nette, vous devez donc prendre en compte : le prix de vente, les frais de notaire à l’achat, les travaux justifiables, les frais d’agence, mais aussi le capital restant dû sur votre crédit au moment de la vente et la fiscalité applicable (impôt + prélèvements sociaux). C’est la somme effectivement récupérée sur votre compte bancaire, une fois tout payé, qui doit être comparée à votre apport initial et au cash-flow cumulé pour mesurer l’efficacité globale de l’opération.

C’est ici que l’effet de levier du crédit immobilier révèle toute sa puissance. Même avec un cash-flow légèrement négatif pendant plusieurs années, la combinaison du remboursement du capital et d’une revalorisation modérée du bien peut générer une plus-value nette importante à la revente. Si vous avez investi 40 000 € d’apport et récupérez 100 000 € après 15 ans (plus-value nette + capital remboursé), votre rendement sur fonds propres, une fois annualisé, peut s’avérer bien supérieur à celui d’un placement financier traditionnel.

En simulant plusieurs scénarios de revente (au bout de 10, 15 ou 20 ans, avec des hypothèses prudentes, neutres et optimistes sur l’évolution des prix), vous obtenez une vision claire de l’éventail de résultats possibles. Vous pouvez alors décider si le risque pris est cohérent avec vos objectifs et votre profil d’investisseur. C’est cette capacité à projeter, mesurer et ajuster qui vous permettra de calculer, puis de piloter, la rentabilité réelle de votre investissement immobilier, étape par étape.